Introduction
Parce qu'on grandit dans un système qui exclut certaines personnes, il peut être difficile de faire autrement. À moins d'être directement concerné, ou que quelqu'un nous ait mis le nez dessus.
De fil en aiguille, cette exclusion se retrouve en design et pas seulement sous forme d'interfaces inaccessibles. C'est aussi dans les questions de formulaires qu'on pose, les personnes qu'on "oublie" d'inviter en recherche utilisateur, ou encore la façon dont on priorise nos projets.
Ces réflexions sont le point de départ du talk que j'ai donné à Paris Web, en septembre 2025, puis dans une version mise à jour à MixIT en avril 2026 et chez Orange lors de la journée Design pour tous, en juillet 2026.
J'y parle de validisme et de capitalisme, et de cette étrange machine qui fait que, même avec les meilleures intentions du monde, on reproduit les travers de la société en design.
Société validiste, design validiste ?
Avant de chercher des solutions, encore faut-il comprendre le contexte dans lequel on fait du design.
Les lois pour l'accessibilité existent en France depuis 2005. Et pourtant, sur plus de 7 500 sites contrôlés par l'Observatoire de l'accessibilité, il n'y a que 0,57 % de sites totalement conformes au RGAA. Au bas mot, c'est inquiétant. D'autant que je connais plein de gens tout à fait compétents sur le sujet.
D’ailleurs, s'il y a plein de spécialistes en accessibilité, pourquoi ce n'est pas déjà réglé ? Cette question était devenue quasi obsessionnelle. On pourrait parler d'intérêt spécifique – mais ce n'est pas du tout le sujet.
Peut-être que, comme moi, vous vous êtes déjà dit que :
- les progrès en accessibilité sont trop lents,
- on n'y arrivera jamais,
- le 100 % accessible est une illusion – parce qu'une solution pour quelqu'un peut gêner quelqu'un d'autre,
- ça doit être la 14e fois que vous remontez un problème de niveau de titre depuis vendredi dernier,
- c'est la faute au capitalisme qui privilégie l'argent avant les gens.
Moi, je me le dis tout le temps. À force que rien n'avance, je me demande parfois si mon sujet c'est l'accessibilité ou le changement climatique. Dans les deux cas, c'est une vérité qui dérange.
Pour autant, je ne suis pas là pour vous dire que c'est foutu – l'accessibilité, j'entends. Pour le changement climatique, je ne vais pas m'engager. J'aimerais que vous terminiez cette lecture avec un peu d'espoir, et pas l'envie soudaine de quitter la tech pour élever des chèvres dans le Larzac. Déjà parce que les chèvres n'ont rien demandé. Et le Larzac non plus.
L'idée sera d'abord de comprendre si dans une société validiste, on fait forcément du design validiste. Comment ce système impacte les designers et les expériences des gens qui utilisent nos services ? Et surtout, que peut-on y faire ?
Pour illustrer mon propos, je dessinerai un logigramme au fil du texte qui vous permettra de visualiser l’impact systémique du validisme sur nos conceptions. On étudiera :
- les systèmes et idéologies qui nous influencent,
- leurs manifestations,
- les espaces d'application,
- et surtout, les leviers de transformation à notre portée.
Cet article n'a pas pour ambition de répondre à toutes les questions de cet immense sujet. Mais j'espère qu'il vous sera utile pour entamer une réflexion, ou l'approfondir.
Mais avant ça, je vous propose tout de même un point de vocabulaire.
Définitions
Qu’est-ce que le validisme ?
Le validisme, c'est le fait de prioriser les personnes valides au détriment des personnes handicapées. Si vous avez un handicap, on s'attend à ce que vous vous adaptiez à un système pensé par et pour les personnes valides – même quand ce système vous dessert. On pourrait, par exemple, vous demander de venir au bureau aussi souvent que les autres sous prétexte de « lutter contre votre exclusion ». C'est toujours sympa de s'occuper des besoins des gens, mais c'est quand même mieux quand la solution vient des personnes concernées.
Cependant, je connais plusieurs personnes handicapées fatiguées des conversations sur le validisme. Elles préféreraient qu'on se concentre sur le manque d'accessibilité. Mais, à mon sens, c'est lié.
Le manque d'accessibilité est un symptôme du validisme. Pour faire un parallèle, le harcèlement de rue est un symptôme du patriarcat, un système d'oppression qui domine les femmes. Le validisme est lui aussi un système d'oppression, mais à l'encontre des personnes handicapées. Un système qui veut un monde où le handicap n'existe pas.
Validisme intériorisé
Ce système d'oppression est d'autant plus puissant qu'il s'infiltre partout, jusqu'à influencer la manière dont les personnes handicapées se perçoivent elles-mêmes. Et pour en parler, je vais vous donner une source très sérieuse.
Dans Ratatouille, Rémy rêve de devenir un grand cuisinier. Mais comme il est un rat, il a intégré l'idée que ce n'était pas pour lui. Résultat : il se cache et se bride, alors qu'il en est parfaitement capable. Et bien plus que Linguini, le stagiaire.

Le validisme intériorisé, c'est la même chose. C'est quand une personne handicapée adopte les normes qui la désavantagent. Ça peut vouloir dire se forcer à venir au bureau malgré la douleur, refuser un aménagement par peur de déranger, ou minimiser ses difficultés pour avoir l'air « comme les autres ».
C'est cette petite voix qui dit : « si je souffre, c'est de ma faute, donc je dois m'adapter ». Dans ces cas-là, on reproduit l'exclusion, mais contre soi. On s'empêche de demander ce dont on a besoin, et on entretient l'illusion que le système n'a pas besoin de changer.
Comment le système façonne nos réflexes
Si on fait ça, c'est parce que très jeune, on adopte des codes qu'on appelle des normes systémiques. Ce sont les règles invisibles d'un système auquel on appartient. Très souvent, ces normes renforcent les inégalités.
Exemple : on valorise le présentiel au travail. Résultat : les personnes qui ont du mal à se déplacer ou à rester concentrées en groupe sont pénalisées. Mais comme c'est une attente sociale très forte, toute remise en question paraît complètement absurde. Parce que c'est systémique.
Autre exemple : réduire les coûts au maximum, logique de notre société capitaliste. On voudrait que l'argent tombe du ciel comme si c'était Noël tous les jours. Cette idée n'est pas non plus remise en question – parce que c'est systémique.
Premières réflexions
Quand j'essayais de comprendre pourquoi l'accessibilité n'est pas déjà réglée, je me suis d'abord demandé : « est-ce que tout le monde s'en fout ? ». C'est ce que je croyais au début.
En réalité, je vois surtout des gens mal à l'aise : hésiter sur le vocabulaire et éviter de poser des questions par peur de mal faire. Je vois aussi beaucoup de personnes se censurer par peur qu'on banalise leur expérience. En résumé, je vois beaucoup d'inconfort des deux côtés. Et c'est avec ça que je commence à dessiner le logigramme.
L'ignorance engendre l'inconfort. Quand on maîtrise mal quelque chose, c'est normal de ne pas être à l'aise. Ça ne fait pas de vous une mauvaise personne.

Mais cette ignorance engendre également le manque d'accessibilité de nos services. Parce que si on ne sait pas qu'on doit faire les choses d'une certaine façon, on ne les fait pas.
Déconstruire les idées reçues
Pour combler l'ignorance, je passe beaucoup de temps à déconstruire les idées reçues. Par exemple, quand on me dit que « nos utilisateurs n'ont pas de handicap », j'explique que si on tient compte du nombre de personnes en attente d'un diagnostic – parce qu'obtenir un rendez-vous médical dans ce pays relève de la mission impossible – ça fausse déjà un peu les chiffres. N'oublions pas non plus que la plupart des handicaps ne sont pas écrits sur le front des gens.
Résultat : on sous-estime souvent le nombre de personnes concernées. Pourtant, il y a jusqu'à 18,2 millions de personnes handicapées en France. Ce n'est donc pas « une minorité », comme on peut l'entendre parfois.
En déconstruisant les idées reçues, je pense que, de façon indirecte, on peut aussi améliorer l'accessibilité.
Défendre l’accessibilité ensemble
C’est pour cette raison que je partage les arguments que j’utilise dans un jeu de cartes. Le principe est simple. Vous piochez une carte idée reçue. Par exemple : « l'accessibilité, ça dégrade le design ».
Ensuite, vous cherchez comment déconstruire cette idée reçue dans les cartes « arguments ». Par exemple : « il y a des critères du RGAA qui reprennent juste des principes UX, comme le fait d'expliquer comment corriger une erreur de saisie dans un formulaire ». Quand c'est bien fait, l'accessibilité ne dégrade pas le design et elle ne dessert personne.
Vous pouvez télécharger le jeu gratuitement sur mon site ou acheter la version complète sur FigJam.
Le principe est simple. Vous piochez une carte idée reçue. Par exemple : “l’accessibilité, ça dégrade le design”. Un grand classique.

Ensuite, vous cherchez comment déconstruire cette idée reçue dans les cartes “arguments”. Par exemple : “il y a des critères du RGAA qui reprennent juste des principes UX, comme le fait d’expliquer comment corriger une erreur de saisie”. Ce qui ne dégrade rien au design, vous en conviendrez.
Vous pouvez télécharger le jeu gratuitement sur mon site ou acheter la version complète sur FigJam.
Encourager les efforts plutôt que la perfection
Construire cet atelier m’a permis de fixer l'information jusqu’à connaître les arguments par cœur.
Mais il fallait aussi que j'apprenne à doser mes efforts.
Les gens ont besoin de temps pour se faire à votre discours. Qu’ils soient disposés à vous écouter ou pas, c'est la même chose.
Mais si vous choisissez bien les situations où utiliser vos arguments, que vous soyez spécialiste de l'accessibilité ou non, vous éviterez de tomber dans le jugement ou la frustration qui vous pénalise.

J'ai remarqué que cette frustration revenait souvent chez les spécialistes de l'accessibilité. Et ça m'interroge toujours. C'est un peu comme si les médecins s'énervaient parce que les gens continuent de tomber malades chaque hiver.
Oui, beaucoup de gens découvrent encore l'accessibilité. Et oui, c'est parfois pénible de réexpliquer toujours les mêmes choses. Un peu comme quand il a fallu réexpliquer pendant le Covid que c'était une bonne idée de se laver les mains. Ou quand on rappelle que les alt ne se remplissent pas systématiquement, et qu'on n'a pas besoin d'y écrire « logo ».
Ça peut surprendre d'avoir besoin de répéter ce genre de choses. Mais il y aura toujours des gens qui ne savent pas. Et pour ces personnes-là, ce n'est pas important de savoir par où elles commencent, tant qu'elles commencent quelque part.
Je crois qu'il faut encourager l'effort, et laisser tomber cette idée de perfection. Ce n'est pas comme ça qu'on fait grandir la communauté, en culpabilisant les gens de ne pas tout savoir, de ne pas avoir tout dit, d'avoir raté telle virgule. Honnêtement, à ce stade, ce n'est pas important. Si les gens veulent s'emparer d'un sujet et font quelques erreurs en route, on s'en remettra.
Le perfectionnisme
Pour autant, cette tendance au jugement n'est pas qu'une question de métier ou de personnalité. C'est le perfectionnisme qui engendre le jugement.
Il vient d'une idée profondément capitaliste : celle d'un profit constant et d'une performance sans faille, qui mènerait à un monde parfait. Autrement dit, sans handicap.
Le capitalisme, le validisme et le perfectionnisme sont des systèmes qui s'alimentent les uns les autres.

Si vous êtes perfectionniste, ce n'est pas seulement par exigence naturelle. Ça, vous pouvez le raconter en entretien d'embauche. Mais personne n'a grandi en rêvant de remplir des fichiers Excel à la perfection. Même pas les auditeurs et auditrices du RGAA.
En revanche, on grandit dans un système qui nous fait comprendre qu'il vaut mieux viser la perfection, au risque de finir à la sortie du village avec les gens qui font du cirque. Pour éviter le scandale, il faudrait tout comprendre super vite, sans faute d'orthographe, sans dire qu'on a mal au dos, et sans faire répéter ce qu'on n'a pas entendu.
Et puisqu'on attend ça de nous, on finit par l'attendre des autres. Mais tout ça n'est pas réaliste, ce n'est pas humain.
L’utopie des corps et des esprits
Derrière le perfectionnisme, il y a une certaine forme d’utopie sur la résistance de nos corps et nos esprits.
Dans “la théorie féministe au défi du handicap”, Susan Wendell explique que le système est fait comme si tout le monde était physiquement fort, idéalement formé, comme si on pouvait tous et toutes marcher, entendre, voir correctement et à un rythme qui n'est pas du tout compatible avec la maladie ou la douleur.
C'est pour ça que je ne crois pas que les personnes handicapées soient des personnes à part. Tout le monde est concerné, avec une temporalité différente. Parce qu'a minima, en vieillissant, il nous attend exactement la même chose. Mais il faut manier cet argument avec prudence.
L'accessibilité, c'est avant tout pour les personnes handicapées
Quand on défend l'accessibilité en disant que ça rend service à tout le monde, on oublie les personnes handicapées.
On ne défend pas l'accessibilité parce que ça nous permettra d'utiliser notre ordi à la plage. On la défend pour les personnes qui ne peuvent pas faire sans, là tout de suite. Et pas qu'à la plage.
Productivité ou productivisme

Si notre système n’accepte pas le handicap ou l'imperfection, c’est parce qu'il attend de chacun de nous qu'on produise, coûte que coûte. Il n’y a pas grand-chose qui a changé depuis Les Temps Modernes de Chaplin. On confond alors productivité et productivisme.
- La productivité, c'est faire mieux avec moins, sans conséquences négatives pour qui que ce soit.
- Le productivisme, c'est produire plus, coûte que coûte.
Dans ce monde productiviste, tout ce qui ralentit la production est donc perçu comme négatif. Ralentir la production pour faire de l'accessibilité, c'est non, parce que ça fait perdre de l'argent. Résultat : on privilégie la vitesse. On fait des mises en production avant les audits, et du design sans recherche utilisateur, juste pour cocher les cases plus vite.
Un cercle vicieux
Si je reprends le logigramme, on a toujours cette idée de capitalisme qui encourage le perfectionnisme, le validisme et le productivisme. Et par effet domino, chacun de ces systèmes et idéologies se renforce, aussi bien en société que dans nos pratiques de design.

À tout ça s’ajoute un manque de connaissances partagées – dû à l’absence de formation en accessibilité – qui se répercute sur nos outils, nos politiques publiques, nos choix de design, et sur la façon même dont on évalue la qualité d’un produit.
Exemples de validisme
Le validisme en société
Je pourrais vous faire une liste des symptômes de validisme en société :
- institutionnalisation,
- école inclusive sans moyens,
- report des obligations d'accessibilité,
- considération des personnes handicapées comme des objets de soin plutôt que des sujets de droit,
- injonction à la validité.
Mais comme je ne suis pas là pour plomber l’ambiance, je n'en parlerai pas.
En revanche, je vous conseille de lire les travaux de Charlotte Puiseux, et notamment son dernier livre co-écrit avec Chiara Kahn "Plutôt vivre".
Le validisme en design
Influencé par la société, le design aussi priorise les personnes valides. On conçoit d'abord pour elles, avant de se demander comment ça va fonctionner pour « les autres ».
Parce que les études de design ne sont pas accessibles à tout le monde, on conçoit des services en pensant d'abord aux besoins qu'on connaît. Là encore, ça ne fait pas de vous des mauvais designers. Mais ça n'aide pas à imaginer des services plus inclusifs, puisque les équipes ne sont pas assez diverses.
Le cas Figma Sites
Prenons un exemple récent qui illustre bien la façon dont le validisme s’exprime dans nos outils. Lors de la Config 2025, Figma a présenté un nouveau produit pour publier un design directement sur le web : Figma Sites.
Adrian Roselli a écrit un article sur le sujet :
À moins que vous ne vouliez échouer à tous les critères du WCAG, prendre un risque juridique, vous fermer toutes les opportunités en Europe, nuire à votre réputation et – ah oui – balancer des obstacles à vos clients et vos utilisateurs, ne publiez pas vos designs sur le web avec Figma Sites.
En passant des robots sur le site de la Config, Adrian a trouvé environ 200 erreurs de conformité selon les WCAG, rien que sur la page d’accueil :
- contrastes insuffisants,
- cadres sans nom accessible,
- images sans alternative, etc.
Certes, Figma Sites n’est qu’un outil. En tant que spécialistes, on connaît les limites de nos outils, on sait comment les corriger, les contourner ou quand s’en passer.
Mais vous n’allez pas me dire que ça n’envoie pas un certain message. Que l’accessibilité est facultative. Qu'on peut s'en passer.
Je pense bien sûr aux personnes handicapées qui n'auront pas accès aux sites conçus avec Figma Sites. Mais je pense aussi aux designers qui débutent ou étudient encore le design. Aux designers qui croient pouvoir ignorer des contraintes qui leur seront imposées en entreprise.
Enfin, pas partout visiblement. Si ça se trouve, c'est juste une conspiration de la MAIF.
Je pense aussi aux petites entreprises qui n’ont pas 150 designers à disposition. Des entreprises tentées par la solution de facilité, faute de moyens ou de connaissances. Pour ces entreprises, je trouve ça malhonnête.
Mais restons concentrés. J'en étais à me demander comment un produit comme Figma Sites avait pu sortir un mois avant l'entrée en application de l'Acte Européen sur l'Accessibilité.
J'ai beaucoup pensé aux designers de chez Figma. Est-ce que vraiment personne n'a posé de questions ? Admettons que personne n'ait protesté – je ne dis pas que c'est le cas, je n'en sais rien, je n'étais pas là.
Mais pourquoi des designers qui font certainement partie des meilleurs de notre industrie laissent passer ça ? Est-ce que c'est juste une histoire de capitalisme ? Ou une volonté sincère, bien que naïve, de rendre les designers autonomes sur la mise en production de leurs designs ?
Prioriser le beau plutôt que l’utile
Cette affaire m’a fait réfléchir aux différents types de designers qui existent et à ce qu’on considère comme un bon design.
Dans le monde du design, il y a bien sûr des UX designers – souvent issus de la psychologie ou du marketing. On trouve aussi des profils qui arrivent du graphisme ou de la direction artistique, et même des gens un peu perdus comme moi qui viennent du cinéma.
Toutes ces personnes font avec leur expérience, leur échelle de valeurs et leur vision de ce qu'est un bon design.
Pour certains, c’est d’abord un beau design, "le joli beau" comme comme dit un de mes amis designers.
Même s'il n'y a pas de mal à faire de belles choses – au contraire – laissez-moi vous proposer un parallèle.
Quand vous choisissez un canapé pour votre salon, vous prenez en compte vos besoins. Si vous n'avez ni chien, ni enfant, ni tendance à tout renverser, vous pouvez vous permettre de prendre un canapé beige non déhoussable en velours côtelé. En somme, un beau canapé.
Mais si, comme moi, vous avez un husky et sa copine beagle qui adorent jouer sur le canapé, il faudra ajuster vos critères.

Moi, j’ai besoin d’un canapé robuste et lavable. Parce que c’est la vraie vie – enfin peut-être pas la vôtre si vous avez gardé un peu de bon sens, mais c’est la mienne. On choisit selon ses besoins réels, pas seulement en fonction de l'esthétique. Même quand on est designer.
Quand on conçoit des services numériques, c'est pareil. Gardons la règle des 3U en tête :
- utile,
- utilisé,
- utilisable.
Surtout quand il s’agit de concevoir un parcours pour prendre un rendez-vous médical ou commander à manger. Pour ce genre de parcours, l'effet "waouh" ne devrait jamais être la priorité.
Le cas Awwwards
Cet effet "waouh" me fait toujours penser aux Awwwards. C’est un site qui récompense des designers et des développeurs.
Les sites nominés aux Awwwards sont toujours très beaux, mais comment sont-ils évalués ? Dans leur système d'évaluation, on trouve 4 critères :
- Design = 40 %,
- Utilisabilité = 30 %,
- Créativité = 20 %,
- Contenu = 10 %.
En tant qu’UX designer, ces critères n’ont aucun sens.
Si le design n’est pas de l’utilisabilité, est-il considéré comme de la direction artistique ? Apparemment non, puisqu’il y a aussi un critère de créativité. Et si le contenu n’est pas du design, alors qu’est-ce que le design ?
Je note aussi qu’on ne parle pas d’accessibilité dans les critères. Et encore moins d’écoconception. Est-ce inclus dans l’utilisabilité ? Aucune idée.
Les seules recommandations d'accessibilité que j’ai trouvées sur le site des Awwwards sont dans un Google Doc de guidelines pour les devs. Bon courage aux équipes de devs : visiblement, tout repose sur vous.
Alors moi aussi, j’ai voulu passer des robots sur les 3 derniers sites nominés. Résultat :
- le premier site n’a pas chargé,
- le deuxième site ne permettait pas d’inspecter le code,
- le troisième site affichait 171 erreurs de contraste sur la page d’accueil.
Comme le dit si bien l'auditrice Sonia Prevost : « toujours surprise, jamais déçue ! ». Pour l'utilisabilité, c'est raté. Et difficile alors de comprendre les récompenses.
Encore une fois, je pense au message qu’on envoie aux designers. Ne vous trompez pas d’objectif. Le design, c’est pour les utilisateurs. Ce n’est pas fait pour épater les autres designers. Et ça vaut aussi pour votre portfolio.
Mais je ne vous raconte pas ça pour pointer du doigt l’imperfection. J’en ai parlé plus haut, cette attitude est contre-productive.
Au contraire, je pense que nous avons une opportunité : montrer qu’un beau design peut aussi être accessible.
Voyons comment on peut transformer ces constats en leviers positifs.
Une opportunité à saisir
Comment le design et la communauté des designers pourraient se renforcer mutuellement ?
Imaginez l’impact d’une collaboration entre designers, chacun avec ses spécialités. Je me plais à croire à une influence positive sur notre industrie. Un espace où art et design sauraient collaborer.

J'ai appris récemment que pour évaluer la valeur d'une œuvre d'art, on s'intéresse à plein de paramètres, dont sa provenance. C'est-à-dire le contexte dans lequel elle a été créée, son histoire, les gens qui s'y sont intéressés, qui l'ont possédée. En gros : quelles vies cette œuvre a-t-elle touchées.

Dans la série Dickinson, Emily est persuadée que ses poèmes peuvent avoir une utilité en pleine guerre de Sécession. Pas en arrêtant la guerre, mais en aidant les gens à traverser cette période. C'est peut-être aussi une manière de mesurer la valeur d'une œuvre : par ce qu'elle apporte aux personnes qui la rencontrent.
Depuis que j'ai appris ça, je me dis que ça ne nous ferait pas de mal de regarder le design de la même façon : en s'intéressant aux vies qu'il touche et à ce qu'il leur apporte vraiment à un instant T.
En partant de cette idée, on peut se demander quelle part de résistance opérer grâce à nos métiers.
L'IA ne transformera pas vos équipes à votre place
En parlant de voie rapide et séduisante, ça me fait penser aux dizaines de propositions que j'ai reçues ces derniers mois pour auditer l'accessibilité avec de l'intelligence artificielle. L'argument est toujours le même : « plus besoin de vous embêter », « ça ira plus vite ».
Je suis certifiée en audit RGAA depuis 2025. Mais comme ce n'est pas mon cœur de métier, je ne propose pas d'audit. Je les comprends mieux, mais je ne me considère pas suffisamment expérimentée pour auditer un service complet, notamment des applications lourdes.
Maintenant, imaginez qu'on propose un outil d'IA pour auditer l'accessibilité à quelqu'un qui n'est pas formé du tout. Comment cette personne pourra-t-elle savoir si ce que lui dit l'IA est fiable ou pas ?
Et quand bien même on irait plus vite, et on saurait dire si c'est fiable... Vous pouvez détecter toutes les erreurs que vous voulez, mais si les équipes n'ont pas le temps de les corriger, ça ne changera rien du tout. La transformation d'une équipe ne se délègue pas à une IA.t
La magie, c'est au cinéma, pas en accessibilité. Faites plutôt confiance à vos spécialistes.
4. Alors, que faire ? Les actions concrètes
Maintenant que le décor est planté, passons aux leviers de transformation à notre portée. Que pouvons-nous faire sans avoir l’impression perpétuelle de courir après une quête impossible ?
Poser plus de questions
La première chose que vous pouvez faire, c’est poser plus de questions. Un bon début qui ne vous coûtera rien.
Quand je suis arrivée à la MAIF, on faisait déjà beaucoup de choses en accessibilité : un design system progressivement rendu accessible, de la formation, de la documentation, etc.
Mais je ne suis pas devenue référente tout de suite. On ne m'a pas tout de suite laissée hurler dans les couloirs "au bûcher le validisme !". La posture est cruciale.
Pour y arriver, je n’ai fait que poser des questions pendant très longtemps. Je voulais comprendre comment ça marchait et pourquoi, avant d’avoir une opinion. Renversant, je sais.
Par exemple, au lieu de dire à un designer “j’espère que t’as bien annoté tes niveaux de titres”, je demande “comment tu fais pour que les devs sachent quel niveau de titre utiliser ?”. Et j'essaie de ne pas lui dire tout de suite que le TitleTagName est à remplir dans les Hidden Props de Figma.
Il faut laisser aux gens une chance de proposer une solution différente de ce que vous avez en tête. Ce qui compte, c’est que ça fonctionne.
Et si la personne en face n'a pas pris en compte le sujet, il y a moins de risques de la vexer. Parce que vous ne l’aurez pas abordée en supposant qu’elle avait mal fait son travail. Vous lui permettez de se rendre compte qu’il y a quelque chose à faire, sans accusation. C’est vraiment très important.
Accepter des réponses provisoires
Les gens ont besoin de temps pour digérer de nouvelles idées, surtout quand il s’agit de déconstruire le validisme.
Si vous dites à vos collègues, “rendez-vous demain matin au petit déjeuner et tout le monde s'est déconstruit dans la nuit”, vous risquez d’être déçus.
Se déconstruire des normes systémiques, c'est comme quand on ne veut pas ressembler à ses parents en vieillissant. Difficile. Mais les réponses qu'on vous donne en attendant sont précieuses. Considérez-les comme de la data.
J'accepte que les gens me donnent une réponse provisoire parce que c'est une indication de là où on en est, et ce sur quoi je dois travailler en tant que référente.
En discutant régulièrement, peu importe le stade de leur réflexion, je peux aussi faire germer de nouvelles idées – sans qu'ils se sentent forcés à changer. Et au bout d’un moment, on peut être vraiment surpris.
Par exemple, quand j’ai demandé à la MAIF si on pouvait faire de la recherche avec des personnes handicapées, on m’a d’abord dit que c’était illégal de poser des questions sur la santé des gens.
Premièrement, c’est faux. On peut poser ces questions si on justifie la démarche.
Mais en réalité, on n’a pas besoin de le faire. Il suffit d'utiliser les questions du Washington Group pour interroger les situations d’usage plutôt que le dossier médical. Par exemple, vous chercherez à recruter des utilisateurs de synthèse vocale ou de plage braille plutôt que des personnes aveugles.
Sachez néanmoins qu'on peut poser des questions personnelles si on justifie la démarche. Ce qu'on ne peut pas faire, c'est constituer une liste des gens avec leurs nom, prénom et handicap à côté.
Encore une fois, il faut déconstruire des idées reçues pour faire évoluer des réponses provisoires.
Comme mon chef qui a fini par me dire “évidemment qu’on peut faire de la recherche avec des personnes handicapées” comme si tout le monde avait toujours été convaincu. Mais peu importe. Ce qui compte, c'est que ça avance.
Faire de la recherche avec des personnes handicapées
La recherche utilisateur est indispensable, et il n’y a pas de raison d’exclure les personnes handicapées de nos panels. Pour la méthode, je vous conseille de lire mon interview de Gwenaëlle Brochoire.
Mais si votre entreprise n’en est pas encore à ce stade, vous pouvez quand même agir dans une moindre mesure.
Recherche documentaire
Vous pouvez faire de la recherche documentaire, par exemple sous forme d'interviews. Que ce soit en lisant des témoignages ou en discutant avec des personnes concernées.
Depuis l’an dernier, j’interviewe des personnes handicapées sur leur usage du numérique pour comprendre comment elles utilisent internet et où sont leurs difficultés. Je partage ces conversations sur mon blog ainsi que des astuces pour les équipes produit dans une newsletter.
Ce sont des échanges qui me bousculent, où j'apprends beaucoup. Mais ça ne remplace pas la recherche utilisateur.
Tests utilisateurs avec des personnes handicapées
Étant UX designer, je ne peux que vous encourager à faire de vrais tests avec des personnes handicapées. Et si possible, des personnes qui ne travaillent pas dans votre entreprise.
On ne recrute pas des personnes qui travaillent dans le numérique pour donner leur avis sur des services numériques car il y aurait trop de biais. Il n’y a donc pas de raison que ce soit un protocole acceptable quand on s’intéresse à l’accessibilité.
Et c’est d’ailleurs la limite de mes interviews. J’ai surtout discuté avec des spécialistes du numérique.
Je m'en suis rendu compte en discutant avec Charlotte Puiseux, chercheuse, docteure en philosophie et psychologue. Elle a aussi écrit le livre "De chair et de fer", pour raconter ce que c'est de vivre dans une société validiste quand on est handicapée.
En l’interviewant, j'ai appris des choses que je n’ai pas l'habitude d'entendre. Notamment parce que Charlotte ne maîtrise pas les solutions de contournement qu’on a en tant que spécialiste du web.
Chez Charlotte, il y a donc beaucoup plus de renonciation. Par exemple, elle m'a parlé de la façon dont elle se tient à l'écart des réseaux sociaux :
J’ai l’impression d’une intrusion, que les gens vont presque rentrer chez moi si je publie des choses. Ça me fait peur parce que je ne sais pas qui va avoir accès à ce que je vais publier.
Elle sait qu'en théorie elle pourrait paramétrer ce qu'elle poste, mais elle ne sait pas le faire.
Charlotte m'a aussi parlé de sa fatigue face à la violence sur internet, une violence qu'elle connaît déjà bien dans le monde réel. Dans la rue, on lui demande tout le temps si elle est malade, pourquoi, comme si son corps handicapé appartenait à tout le monde. Et c’est pareil en ligne. Des inconnus lui posent des questions très personnelles, des questions qu’on n’irait jamais poser à quelqu’un avec un handicap invisible.
Et tout ça participe au fait que Charlotte se tienne à l'écart.
Cette interview m’a vraiment frappée car j’ai réalisé qu’on ne pouvait pas se permettre d'attendre le 100 % conforme pour s'intéresser au validisme en design.
Adopter une posture anti-validiste
Si les gens ne se sentent pas en sécurité sur nos services, la conformité ne changera rien à leur exclusion. On doit traiter les deux sujets en même temps.
Le 100 % accessible serait à la fois conforme et anti-validiste – c'est-à-dire sans curiosité déplacée, ni stigmatisation.
Prenons l’exemple d’un formulaire d’inscription à un événement. Il ne faut pas se contenter de dire “si vous avez besoin d’un truc spécial, écrivez-nous”. Et évidemment il faut que le formulaire soit conforme au RGAA. L'un n'empêche pas l'autre.
Ne forcez pas les gens à vous écrire pour savoir s’il y aura des escaliers, du Wi-Fi ou de l'électricité. C’est ce dont me parlait Audrey Melotti dans notre échange sur la normalisation du handicap.
On peut proposer directement des options :
- interprétation en LSF,
- espace calme,
- sous-titrage, etc.
Normaliser les besoins des personnes handicapées
Il faut normaliser les besoins des gens, y compris ceux des personnes handicapées. Ce ne sont pas des besoins spéciaux, juste des besoins humains.
Tout le monde a des besoins, vous y compris. Pour lire cet article, vous n’avez pas la tête en bas et les pieds en l’air. Du moins, ce serait très surprenant. Vous avez pris en compte vos besoins. Vos besoins d’humain, vos besoins normalisés.
Je rêve aussi d'un monde où les efforts ne partent pas uniquement vers les clients potentiels, mais aussi en interne. J'aimerais qu'on inclue les personnes concernées dans les équipes de conception.
Récemment, j'ai interviewé Clémentine Zill, une jeune femme malvoyante qui fait partie des Dévalideuses. Elle m'a dit quelque chose qui m'a beaucoup touchée : « j'aurais adoré être designer mais les outils ne sont pas faits pour moi, je suis forcément exclue ». Je ne vais même pas m'attarder sur l'aberration démocratique de ce constat. Mais j'imagine que si Clémentine était dans mon équipe, on ferait aussi moins d'erreurs d'accessibilité.
La question n'est pas tant de savoir ce qu'on peut faire pour les gens, mais avec eux. En tant que mouvement et communauté. Parce qu'une communauté se doit d'être diverse.
Sortir de sa chambre d’écho
Ce qui m'amène aux chambres d'écho, ces endroits où on pense tous et toutes de la même façon.
Quand je parle d'accessibilité dans des événements dédiés à l'accessibilité, la plupart des personnes dans la salle sont déjà convaincues de sa nécessité.
Je crois qu'on aura fait du chemin le jour où je serai invitée dans des conférences où tout le monde n'est pas encore convaincu, où tout le monde n'est pas déjà sensibilisé. Et peut-être que moi aussi, j'y apprendrai des choses. Ça fonctionne dans les deux sens. C'est pour ça qu'il faut vraiment sortir de sa chambre d'écho.
L’AccessibilityOps, une approche stratégique de l’accessibilité
L'AccessibilityOps fonctionne comme le DevOps ou le DesignOps, mais pour l'accessibilité : une façon de lier les gens, les outils et les process autour de l'accessibilité. C'est exactement ce que je fais à la MAIF.
Concrètement, à la Digital Factory, on utilise Jira. Et dans ce Jira, je peux regarder quelles erreurs ressortent dans les audits en continu – car j'ai la chance d'avoir des audits en continu à chaque mise en production. Ça me permet d'observer la fréquence des erreurs et de prioriser mes efforts.
Si par exemple mon erreur n°1 concerne les niveaux de titre, ça peut nourrir mon backlog. Je croise évidemment cette information avec la complexité à régler le problème et l'impact utilisateur. Une fois le problème identifié, je peux essayer de comprendre d'où il vient, et agir sur la source pour éviter que ça se reproduise à l'échelle.
Mais ce qui est intéressant avec l'AccessibilityOps, c'est qu'on parle d'accessibilité à toutes les étapes de production. Ça permet de transmettre des réflexes aux équipes :
- apprendre à apprendre,
- savoir trouver l'information,
- normaliser le handicap,
- donner de la visibilité aux personnes concernées.
Pour en savoir plus sur l'AccessibilityOps, je vous recommande les travaux d’Anne-Sophie Tranchet.
Comprendre les mécanismes d’exclusion
Et après ? Tout ça peut sembler formidable sur le papier. Mais à la fin, ce sont vos collègues qui prendront la décision de faire de l’accessibilité ou non, et de comment ils le feront.
Attendre des gens qu’ils fassent ce travail en continu, correctement, dépendra de leur compréhension du validisme. C’est ce dont parle Devon Persing dans son livre The Accessibility Operations Guidebook.
C'est seulement une fois qu’on a compris les mécanismes d'exclusion, qu’on peut s’en défaire. Sinon, même en voulant bien faire, on pourrait faire n’importe quoi.
Par exemple, chercher la conformité à tout prix avant de discuter avec des vrais gens. On l’a vu, ce n’est pas forcément une bonne idée.
Viser l’amélioration plutôt que la perfection
Comme le dit Meryl Evans, on peut s’améliorer en zigzag, beaucoup d’un coup, ou très lentement. Ce n’est pas important, ça reste de l'amélioration. Ça peut sembler décourageant, mais ne confondez pas l'illusion produite par un système perfectionniste et ce qui relève vraiment de votre performance.
Dans ce système, on se comporte comme des produits de consommation sur étagère. Il faudrait être beau, fort, compétent, sympa, en bonne santé, bien coiffé et sans poils de chien sur le canapé.
C’est d’autant plus étonnant que si vous discutez avec les gens autour de vous, ce n'est pas la perfection qui vous touchera. Au contraire, vous serez touchés si on vous permet de ne pas être parfait. Parce que c'est rare. Et parce que c’est juste.
L’imperfection et la vulnérabilité sont pourtant humaines. Et je trouve que les personnes handicapées ont des choses à nous apprendre là-dessus. Si on ne s’y intéresse pas, on ne peut pas normaliser la douleur, la lenteur ou même l’alternative. Parce que ce n’est pas forcément négatif d’être handicapé. Ce n’est pas forcément moins.
Être aveugle, c’est voir autrement. Ce n’est pas supprimer le mot voir de son vocabulaire.
Merci Sylvie Duchateau de m’avoir enseigné ça.
Quel design souhaitons-nous défendre ?
Tout ce que j’ai écrit plus haut finit dans nos produits et nos services. Donc je vous pose la question : quel genre de design souhaitez-vous défendre ?
Faire du design un acte de rébellion
Votre travail peut et doit être un acte de rébellion contre le mauvais design.
Le livre “Ruined by design” de Mike Monteiro est l’un des premiers que j’ai lus quand je me suis formée en design – ce qui a probablement nourri ma soif de justice.
Je suis aussi allée regarder la définition du design dans le Larousse, qui le définit comme une discipline visant à l'harmonisation de l'environnement humain. Je me suis donc mise en quête d'un exemple de design harmonisant.
Le banc de la paix
Je suis tombée dessus à Oslo, en Norvège. Il s’agit du banc de la paix que Nelson Mandela décrivait comme la meilleure arme pour la paix.

C’est un demi-cercle en aluminium qui fait qu'on ne peut pas s'asseoir dessus sans glisser vers la personne qui nous accompagne. Une arme qui permet juste de s'asseoir et de discuter.
Amis designers, je vous laisse en créer une version digitale, et accessible bien entendu.
Changer la fin de l’histoire
Le design peut donc être un levier pour transformer nos systèmes, même à petite échelle.
Et j’aimerais terminer avec les mots de CS Lewis qui écrivait :
Vous ne pouvez pas revenir en arrière et changer le début. Mais vous pouvez partir de là où vous êtes et changer la fin.
L’accessibilité n’est qu’une des nombreuses luttes pour un monde plus juste. À nous de changer la fin de l’histoire.
Le logigramme de déconstruction du design validiste

Il se divise en quatre sections principales :
- Manifestations du design validiste : l'ignorance encourage l'inconfort et l’inaccessibilité. Le jugement et l'ignorance se renforcent.
- Systèmes et idéologies : Le capitalisme, le perfectionnisme, le productivisme et le validisme s’encouragent mutuellement.
- Espaces d’application : Le capitalisme influence l’art et le design. L’art et le design se complètent, mais ne sont pas la même chose. Le design et la communauté se renforcent mutuellement.
- Leviers de transformation anti-validistes :
- Méthodes : Faire de la recherche inclusive, renverser ses schémas mentaux avec le design fiction, lier les gens, outils et process avec l'AccessibilityOps.
- Stratégies collectives : Déconstruire les idées reçues, encourager l'effort, doser ses efforts.
- Postures individuelles : Viser l'amélioration plutôt que la perfection, poser plus de questions, accepter les réponses provisoires, sortir de sa chambre d'écho.
Ces leviers déconstruisent l’inaccessibilité et l’ignorance, en renforçant le design et la communauté.
