Mon invité – que j’appellerai F – m’a demandé de rester anonyme et m’a proposé de parler de lui au masculin, tout en précisant que le féminin ne le dérangerait pas non plus. Pour lui, le genre n’a pas vraiment de sens. Pourtant, dans ses échanges avec les autres, il doit sans cesse composer avec cette distinction que la langue et la société lui imposent. C’est en partant de cette pression que nous avons commencé à discuter.
F m’a raconté sa charge mentale face à la binarité. Il décrit la nécessité de s’adapter en permanence comme handicapante, car il ne peut pas être lui-même partout et doit respecter des codes dans lesquels il ne se reconnaît pas.
Son récit m’a rappelé celui de personnes neurodivergentes, contraintes de s’adapter à un cadre qui n’a pas été pensé pour elles. Ça m’a amenée, une fois encore, à m’interroger sur les normes qui rendent certaines existences plus difficiles que d’autres.
Dans Réflexions crip, Charlotte Puiseux explore les liens entre handicap et pensée queer et notamment comment le crip s’en inspire pour contester les normes qui font du corps valide la référence. J’y ai trouvé un éclairage pour écouter F et comprendre les efforts que la société demande aux personnes qui ne correspondent pas à ces normes.
Au fil de notre conversation, F m’a aussi raconté comment internet l’a aidé à mieux se comprendre en trouvant des personnes qui lui ressemblent. Cet espace de découverte et de liberté suscite aujourd’hui chez lui des inquiétudes sur l’exploitation des données et l’usage des IA. La question de ce qu’il souhaite partager de lui traverse notre échange, jusque dans ses choix pour préserver sa famille.
Cet entretien s’éloigne un peu de l’accessibilité numérique telle que je l’aborde d’habitude. Mais il prolonge une même interrogation : comment concevoir des environnements qui laissent davantage de place aux différentes façons d’être et de vivre ?
Genre, société et non binarité
Comment veux-tu que je m’adresse à toi ?
C’est une question difficile à chaque fois. Tant du point de vue de la personne qui pose la question, que de la personne qui répond. Je vais essayer de décomplexer en ajoutant une complexité ! Pour moi, ça m'est égal. Si la société me voit comme quelqu'un du genre masculin, c'est plus facile de rester au masculin.
Certaines personnes préfèrent choisir leurs pronoms : il, elle ou iel, la forme non binaire. Personnellement je n’ai pas de forme préférée, mais j’aime beaucoup que les textes écrits pour le public utilisent la forme non binaire pour être inclusifs.
Cela dit, la langue française ne nous facilite pas les choses. Le français est une langue extrêmement genrée, on genre les gens et les objets. Ça rend les choses encore plus difficiles. Par-dessus ça, on a inventé l’écriture inclusive !
Alors, je vais simplifier les choses pour toi, tu peux me genrer au masculin pour cet entretien.
Peut-on dire que tu es non binaire ?
C’est la question à un million de dollars. Je ne sais pas. Je ne comprends même pas pourquoi on a besoin de rentrer dans ce jeu-là. Pourquoi les gens ont besoin de se présenter de telle ou telle façon devant les autres ?
Dans la société française, tu t’habilles selon ton genre. Donc il y a les hommes qui ont toujours le même type de pantalon. En fonction de ton métier, tu vas t’habiller de telle ou telle manière, même les anthropologues et les philosophes ont une façon de s’habiller. Je le vois à leurs chaussures ! Je pense que les gens aiment bien entrer dans des catégories.
Et bien moi, c’est tout le contraire. Quoi que je fasse, ne serait-ce qu’avec ma taille, je détonne, donc autant en profiter pour être encore plus extraordinaire. Ce qui est féminin, pour moi, c’est plus attirant, je m’y sens mieux. Mais la façon dont les personnes me regardent ou me considèrent, ça n’a pas d’importance.
Est-ce que tu peux te sentir mégenré ?
Je ne comprends pas la définition du genre, donc ça ne me dérange pas d'être appelé elle ou lui.
Alors qu’une personne qui a fait une transition de genre peut être dérangée si on la mégenre, c’est-à-dire si on utilise le mauvais pronom pour parler d’elle. C’est vraiment perçu comme quelque chose de très malpoli, ça peut être très mal vécu.
Y a-t-il un rapport entre le fait d’être non binaire et trans ?
La non binarité est un type de transidentité, c’est-à-dire que ton genre n’est pas conforme au sexe assigné à la naissance. Par exemple, on a mis F sur ton acte de naissance alors que tu te présentes comme un homme, donc tu peux te considérer comme une personne transidentitaire, ou transgenre.
On n’utilise plus le mot transexuel d’ailleurs. C’est un consensus de la communauté trans. La question, d’abord, n’est pas de savoir ce que la personne a entre les jambes. Surtout que ça non plus, ça peut ne pas être binaire. Tu as des personnes qui naissent intersexe par exemple, dont les traits ne sont pas clairs. Et la famille, parfois, est obligée d’assigner un sexe. On opère des nouveaux-nés, c’est d’une extrême violence. Il y a des personnes qui militent pour arrêter ça et laisser l’enfant grandir et choisir. Et puis au-delà de l’opération, ça n’a pas trop de sens de genrer un enfant en réalité.
Pourquoi dit-on que le genre est une construction sociale ?
Nous avons inventé tout un tas de codes et de concepts autour desquels on a construit notre société. Le problème le plus flagrant avec cette binarité, ce sont les rôles attribués aux genres : les tâches domestiques, les métiers, les associations, les loisirs, etc.
Tout ça commence très tôt, avant la naissance. Le genre est attribué au fœtus, et dès la naissance ce sera ses vêtements, jouets, façons de parler, émissions de télé, sports… Tout devient genré.
Que penses-tu du langage inclusif ?
Je pense que le langage inclusif devrait être plus pertinent, on est très loin d’avoir un système qui marche. Par exemple, quand une personne monte sur scène et dit “bonjour à tous et à toutes”, j’ai envie de me cacher. Je voudrais mettre ma tête dans un trou et ne plus sortir !
Quand tu fais ça, tu oublies les non binaires, les personnes en questionnement, etc. C’est un spectre extrêmement large, et surtout la distinction n’est pas nécessaire. Quand tu commences un discours, tu peux dire simplement bonjour, ou bonjour tout le monde.
Mais c’est encore plus difficile à l’écrit bien sûr. Par exemple, l’utilisation du point médian complexifie les choses, notamment pour les personnes sourdes et malentendantes ou celles qui utilisent un lecteur d’écran. Souvent, le lecteur d’écran ne sait pas gérer ça correctement.
Ce que je fais parfois, surtout quand la majorité des personnes à qui je m’adresse sont des femmes, je mets tout au féminin. Je trouve ça rigolo de voir les hommes mal à l’aise dans la salle.
Est-ce que tu constates une évolution de la compréhension des questions LGBTQIA+ avec le temps ?
À 50 ans, je constate que les choses évoluent en partie. Pas seulement avec le temps, mais aussi selon l'endroit du monde où tu vas. Aujourd'hui, je dirais que dans le monde occidental, la définition d'hétéro et homo est beaucoup plus ancrée dans la tête des gens.
Tu sais à quoi on le voit ? Même les extrémistes arrivent à comprendre de quoi il s’agit. C'est devenu acceptable d’en parler. Si tu prends des personnes qui sont extrêmement conservatrices, elles n’ont pas de difficulté à expliquer la différence.
Quand une personne monte sur scène et dit “bonjour à tous et à toutes”, j’ai envie de me cacher. Je voudrais mettre ma tête dans un trou et ne plus sortir !
Malheureusement, pour le genre, il y a très peu d’évolution. Pour la majorité de la population, ça peut paraître naturel de lier le sexe de naissance au genre. Et c’est tout le problème, même pour les personnes cis-genres qui assument le genre attribué à la naissance. Par exemple, ça peut poser des difficultés d’acceptation dans des activités genrées par la société.
Mais la vulgarisation du discours nous aide beaucoup. C'est pour ça qu'on a encore besoin de faire des marches Pride, des mois Pride, des sensibilisations, des conférences et de militer tout court. Pour que ce discours soit libéré et que, petit à petit, la société s'adapte. Ça permet de visibiliser et de donner de la légitimité au combat.
Bien sûr, il y a aussi de la controverse et beaucoup de rainbow washing… Ça reste très important maintenant que le monde a pris un virage conservateur.
Handicap et non binarité
Pourquoi utilises-tu le mot « handicap » pour parler de ton expérience ?
Oui, c'était ça le départ de la discussion. Je le vis comme un handicap parce que la société m’impose une certaine pression. Il y a ce qu’elle considère comme étant normal et le reste. Je ne peux pas être moi-même partout, il faut que je respecte le code des autres. C'est pour ça que ça reste handicapant.
J’ai de la chance parce que j’ai droit à des aménagements, notamment au travail. Les boîtes qui font de la tech sont généralement – malheureusement pas toujours – plus ouvertes que les autres.
Le simple fait d’être dans un cercle de discussion où les personnes parlent ouvertement avec moi, et m’acceptent, c'est-à-dire que je suis vu comme une personne et pas une aberration, ça me met en sécurité. Je me sens beaucoup mieux. Je sens un petit bout de vie normale d’être humain où je peux exprimer mes sentiments et ma façon d’être. J’ai l’impression que les personnes en situation de handicap vivent la même sensation, du moins c’est ce qui m’a été dit.
J’ai une certaine déficience visuelle, je suis très grand, au point d’avoir du mal à rentrer dans un avion, j’ai des problèmes de dos, etc. Ce sont des aspects qui sont beaucoup plus proches du handicap. Mais finalement, ce sont des choses que j’arrive à mieux gérer que la non binarité.
La raison pour laquelle je parle de handicap autour de mon questionnement, c’est que ça rajoute à ma charge mentale, c’est quelque chose que je dois gérer tout le temps.
Les gens viennent toujours me demander comment ils doivent me genrer. Mais ça ne devrait pas être aussi compliqué. On complexifie la discussion en disant que certaines personnes veulent s’identifier comme ci ou comme ça. Ça complexifie la vie de tout le monde.
Dans Réflexions crip, Charlotte Puiseux montre comment la pensée queer a inspiré des personnes handicapées à contester les normes, plutôt qu’à chercher à s’y conformer. Est-ce que tu te retrouves dans cette démarche ?
Je mets tout de suite cette œuvre dans la liste de lecture, je ne la connaissais pas !
Mais j’avais lu un peu sur la théorie crip et j’ai du vécu par rapport à cette question, la réponse est oui. Certaines associations avec lesquelles j’ai eu l’opportunité d’échanger font souvent ce pont.
Trouver de l’intersectionnalité, comme le propose le crip, permet de gagner en combativité pour tout le monde. Il y a des points communs, comme l’invalidation par les personnes valides, qui arrive tant dans le monde queer que dans celui du handicap. Sans compter, bien sûr, qu’il y a des personnes queer avec des handicaps.
Comprendre le handicap par la compréhension du monde queer me paraît tout à fait logique, et ça nous permet d’avoir justement cette discussion ici.
De quoi as-tu besoin ?
J'ai besoin d'avoir des alliés, des personnes comme toi pour faire un entretien qui, en réalité, ne devrait pas exister. J’ai besoin de ne pas avoir peur dans certains endroits, d’être anonyme quand je veux et d’être reconnu quand je le mérite, pour ce que je suis, pour ce que j’aime. J’ai besoin de ne pas devoir m’adapter en permanence.
Quelqu’un a dit dans une table ronde sur l’inclusion : “c'est dommage qu'on ait encore besoin de ça, des conférences, des prises de parole, etc. Mais tant qu’on en a besoin, on continue”. C’est une des choses les plus fortes que j’ai entendues.
Le simple fait d’être dans un cercle de discussion où les personnes parlent ouvertement avec moi, et m’acceptent, c'est-à-dire que je suis vu comme une personne et pas une aberration, ça me met en sécurité.
As-tu trouvé des endroits où tu te sens en sécurité ?
Au travail, je me sens accueilli par la majorité de mes collègues. Je n’ai pas besoin d’avoir l’unanimité. C’est normal que quelques personnes ne soient pas d’accord avec ma façon d’être, tout comme je ne suis pas d’accord avec la façon d’être de tout le monde. L’important pour moi c’est le respect. Je suis un individu, avec mes défauts comme tout le monde, je ne cherche qu’à être respecté.
J’ai toujours eu beaucoup de difficultés à trouver un endroit où ma parole est prise en compte. Mais chez Compositech, je me suis senti écouté. C’est une association militante pour les femmes et personnes non binaires de la tech.
Peu importe ce que je dis, je peux dire “c’est mon avis et si ça te gêne, je suis désolé”. Je n’ai pas eu de discussion très frontale, au contraire, j’ai eu des réponses très constructives. Et dans ma vie, le feedback constructif est plus rare que le destructif. Donc je prends ça bien.
Et aussi, j’aime beaucoup Magali Milbergue, qui a co-créé l’association, et le travail qu’elle fait. Il y a des personnes très importantes pour notre société, et aussi des personnes qui ont des difficultés et qui cherchent de l’aide. Les gens sont extrêmement différents et ça va dans le bon sens.
Qu’aimerais-tu simplifier dans les échanges autour du genre ?
Ma question, c’est plutôt, dans quel sens on veut avancer ? Le plus simple, de mon point de vue bien sûr, c’est d’abolir la discussion.
Chaque personne voit les choses différemment, ça n’a pas de sens d’essayer de tout catégoriser parce qu’on ne définit pas les choses de la même façon. C’est un peu comme les différences culturelles. On est un peu dans les mêmes eaux quand on parle de genre.
J’ai l’impression que le temps va rendre ce sujet moins tabou. En attendant, on continue d’expliquer, de montrer que c’est humain, de célébrer les différences et la diversité, et de laisser celleux qui ne veulent pas comprendre suivre leur vie.
Ce que le design peut changer
En tant que designer, que puis-je faire pour tenir compte des personnes non binaires ?
Ne pas poser la question du genre. J’aimerais bien aussi qu’on développe le langage inclusif. Mais quand je dis développer, je parle de militer pour, jusqu’à l’Académie française. Parce que ça permet aux personnes non binaires de se sentir représentées.
Dans la plupart des formulaires, le genre n’est pas une donnée nécessaire, sauf pour des soins médicaux. Et encore, ça peut peut-être se discuter quand même. Mais quand je vais acheter une télé, ça n'a aucune importance que je sois Madame ou Monsieur. J’aimerais bien qu’on m’appelle par mon prénom et puis c’est tout. Même s’il est masculin. C’est mon prénom, celui qu'on m'a choisi et je l'aime bien.
Mais la discussion est beaucoup plus profonde, elle touche aux codes de politesse. Ça pourrait être très mal pris par une personne binaire qu’on l’appelle par son prénom. Les formules de politesse sont très ancrées dans le langage écrit. Donc je pense que c'est dur de sortir complètement de ça.
Que penses-tu de l’option “autre” qu’on met parfois à côté de homme ou femme dans un formulaire ?
Je trouve que c'est un mal pour un bien. C'est mieux que rien. En travaillant moi-même dans la tech, je sais le combat que ça a été d’instaurer ça.
Pour l’écrasante majorité des gens, la société fonctionne selon une binarité, donc on ne peut pas l’oublier non plus. Je ne suis pas du genre à criminaliser toute la société pour ce que je suis.
Il y a des gens qui sont très en colère sur ces sujets. Bien sûr qu'il y a de la discrimination, mais il faut savoir séparer la discrimination de ce qui est tout simplement l'habitude des gens.
En revanche, je peux être plus exigeant avec mon entourage. On a aussi le droit d’être respecté.
Internet, entre liberté et vie privée
Internet a-t-il joué un rôle dans ton questionnement ?
Au début des années 2000, quand les moteurs de recherche ont commencé à arriver, j’ai commencé à chercher des gens, par curiosité. À cette époque, j’étais dans le déni complet, je ne savais pas ce que j’étais. D’ailleurs, je ne sais toujours pas vraiment.
Mais quand tu atteins l’âge adulte, tu te sens libre de faire tes recherches toi-même et tu commences à creuser le sujet. Tu commences à comprendre ce que tu es. C’est grâce à l’internet de l’époque, les choses étaient beaucoup plus ouvertes pour les personnes marginalisées par la société. Internet permettait une couche d’anonymisation qui libérait la parole. J’ai trouvé des gens comme moi dans le monde et ça m’a aidé à avancer, car je ne me sentais plus comme un extra-terrestre ou un malade mental. J’ai commencé à percevoir que, moi aussi, j’avais le droit de vivre.
C’est pour ça que je suis activiste de la tech. Quand je regarde comment ça a été conçu, c’était un endroit de liberté, de communication libre entre les humains.
Aujourd’hui, je trouve que c’est plus difficile. Tout est contrôlé par de grandes corporations. Je connais très peu de personnes qui ont encore un blog, à part toi ! Je travaille dans une grande entreprise de la tech française. Il doit y avoir 500 ou 600 personnes accro aux jeux vidéo, mais personne ne sait ce qu’est un blog.
Que penses-tu de la façon dont nos données sont exploitées sur internet ?
Je pense qu'on est complètement à côté de la plaque. Le RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données) est un scotch qui a été créé pour combler un trou qui ne devrait pas exister. Les boîtes récoltent des données dans tous les sens. Il y a toutes ces politiques de cookies… En ce moment je reçois une avalanche de mails par rapport aux pixels de suivi. Ce sont des choses abominables.
Les grosses boîtes ont rapidement compris comment faire du fric avec nos métadonnées. Ils s'en fichent de nos données personnelles. Ils n’ont pas besoin de savoir combien de Tamara existent dans le monde. Ce qu'ils veulent savoir, c'est si une personne comme toi, de ton âge, qui vit dans ta région, aime acheter des bougies, par exemple. C’est ça qui rapporte de l’argent parce que ça permet de cibler les publicités. Ça rapporte beaucoup plus d’argent que d’avoir ton numéro de téléphone ou ton nom de famille.
Le danger c’est qu’une personne pose une question à une IA et se contente de sa réponse pour avancer dans son questionnement. Notamment à cause des biais qui peuvent être introduits dans la réponse.
Comment perçois-tu l’usage actuel des IA génératives ?
Je suis très pessimiste sur ce sujet. On a beaucoup parlé de la Big Data. Les moteurs de recherche sont devenus capables de trouver n’importe quelle information. L’IA, c’est la même chose, mais en plus puissant. Elle est capable d’exploiter des données massivement, beaucoup plus vite. Malheureusement, je pense que ça peut être détourné de façon dangereuse.
Mais en même temps, ça pourrait aussi nous apporter de belles évolutions, notamment pour la science ou la médecine.
Ce qui m’inquiète, c’est l’IA grand public qui n’est pas du tout raisonnable. Le danger c’est qu’une personne pose une question à une IA et se contente de sa réponse pour avancer dans son questionnement. Notamment à cause des biais qui peuvent être introduits dans la réponse.
Les personnes qui utilisent l’IA aujourd’hui vont de moins en moins chercher d’autres sources d’information, elles se créent une nouvelle réalité.
Ce qui me dérange aussi, c’est pas qu’on n’utilise l’IA, mais qu’elle génère des choses parce qu’elle a scrappé le travail d’une personne et qu’elle ne la crédite pas.
As-tu déjà donné des informations sensibles à une IA ?
Non, ça n'est pas partageable. Quand je parle avec une IA, je ne lui demande pas ce que je dois faire parce que je suis comme ci ou comme ça. Je fais attention à ce que je partage sur moi.
On peut partager mes métadonnées, mais on ne peut pas partager mes données personnelles, ça c’est de l’intime. C’est aussi pour ça que je voulais que cet entretien soit anonyme.
Peut-on vraiment protéger ses données personnelles quand on veut bénéficier de tous les services numériques ?
Effectivement, je fais des concessions dans ma vie, pour des raisons de confort notamment. J’ai un compte Google, je mets des données privées dans mon Google Drive. C’est une concession que j’ai faite pour vivre, tout simplement.
Je connais une personne qui a entièrement retiré Google de son téléphone. Iel a installé son propre système d’exploitation, mais il y a tout un tas d’applications qui ne marchent plus. Et ce sont des choses de la vie courante, par exemple l’application du parking de sa ville.
Si tu n’utilises plus Google, ça ne marche pas. Donc je fais des concessions. C’est une autre conversation bien sûr, mais pourquoi, en tant que société, nous autorisons des entreprises à contrôler nos vies ?
La famille et l’anonymat
Pourquoi était-ce important pour toi d’être anonyme dans cet entretien ?
Mon coming out est progressif comme c’est le cas pour beaucoup de gens comme moi. J’ai un devoir de préservation de ma famille. Je suis marié, mes enfants vont à l'école, j'habite un quartier, etc. Donc ma visibilité locale est un peu limitée parce que je veux protéger ma famille.
Si ça ne dépendait que de moi, je le dirais peut-être plus ouvertement. Mais pour le moment, j’attends encore. Alors qu’au boulot ou dans les associations, c’est moins gênant.
Comment abordes-tu le sujet avec tes enfants ?
J’ai attendu que mes enfants soient adolescents pour faire mon coming out auprès d’eux. Mais ils sont extraordinaires, t'as pas besoin d’expliquer grand chose. Ça m'a suffi de dire “j'aime m'habiller comme ça” et c'était bon. Ils ont tout compris rapidement. Ils sont beaucoup plus flexibles dans leur pensée que les adultes qui sont très formatés.
La génération de mes enfants a accès à l’information grâce à internet. Ils sont nés avec. C’est beaucoup plus simple pour eux de comprendre ces choses-là.
Pour moi, ce processus a commencé très tard dans ma vie. J’ai dû me libérer de la pression parentale, de mes vieux amis que j’avais à l’adolescence et dans ma jeunesse. Ils n’auraient jamais compris, ils étaient très homophobes. Donc j’ai commencé tard, quand je me suis senti en sécurité.
Ressources complémentaires
- Lexique LGBTQIA+
- Compositech : Association militante pour les femmes et les personnes non binaires de la tech
- Acceptess T : Actions concrètes pour les personnes Trans
- Têtu Connect : L’agence des diversités dans le monde professionnel
- L'Autre Cercle : Pour l'inclusion des personnes LGBTQIA+ dans le milieu professionnel